Actu ¬ 14 octobre 2018

Festival Points de vue à Bayonne : l’interview d’Alban Morlot

Après le succès l’an dernier, Spacejunk Art Centers lance sa seconde édition du festival de street-art Points de Vue dans les rues de Bayonne. Pendant 5 jours, du 17 au 21 octobre 2018, 20 artistes internationaux vont peindre leur fresques sur différents murs de Bayonne.

Salut Alban, quel est le rôle du centre d’art Spacejunk à Bayonne depuis maintenant 11 ans ?
Aujourd’hui, nous diffusons les artistes et les héritiers de la contre-culture internationale, ce qui se traduit de manière synthétique par le street art, le lowbrow et le pop surrealism. Il faut citer les mouvements affiliés tels que le tattoo, surf art, l’illustration, etc. Finalement, toutes ces esthétiques ont un ancrage populaire assez fort, mais avec un grand P pour mieux la célébrer.

Quel est ton parcours au sein de Spacejunk ?
J’ai accompagné Jérome Catz (le fondateur de Spacejunk) dans le développement national et notre positionnement m’a naturellement conduit au Pays basque où j’avais déjà passé pas mal de temps. Je le dirige depuis le début (2005) et c’est fort de mon expérience que nous accueillons en première ligne chacune des expositions qui circulent ensuite à Lyon et Grenoble.

Représenter une génération d’artistes qui était sous-représentée dans les structures culturelles était un projet ambitieux, j’imagine que vous avez rencontré des difficultés ?
Nous avions quelques alter egos en Europe, mais beaucoup ont malheureusement fondu les plombs depuis… C’est sûr qu’il a fallu passer des étapes difficiles pour continuer notre activité, mais nous avons été porté par le public qui fréquente chaque année toujours un peu plus Spacejunk. Ça aide beaucoup ! Avec le temps, après plus de 150 expositions, des salons, des tournées en France comme à l’étranger, on se connait mieux et on sait vers quoi on tend. C’est un processus assez lent car les esthétiques que nous soutenons s’écrivent sous nos yeux et c’est parfois difficile de prendre le recul nécessaire pour analyser ce qui ce passe actuellement dans le monde de l’art.

Venons-en au Festival Points de Vue qui a rencontré un franc succès l’an passé. Est-ce que c’est une volonté de la ville de faire de Bayonne une référence pour des artistes et passionnés de streetart ?
Le festival Points de Vue arrive après qu’un long travail de fond ait été mené sur ce territoire. Porté depuis 2011, le projet de festival a été réécrit maintes fois, et ce n’est qu’en 2017 que les planètes se sont alignées. Aujourd’hui la ville manifeste son intérêt pour cet événement par un soutien important pour le faire évoluer. Mais il faut des étapes car du street art au Pays basque n’est pas forcément quelque chose qui coule de source. Il y a une histoire du graffiti très intéressante, mais de là à l’institutionnaliser il y a un gap important à franchir. C’est une belle région qui n’avait peut-être pas besoin de sortir de sa zone de confort pour être attractive. Mais des problématiques de grandes villes se posent aujourd’hui aux principaux centres urbains du littoral, avec une sociologie qui a beaucoup évolué et entrainé dans son sillage de nouvelles attentes, y compris culturelles. Avoir un centre d’art Spacejunk sous la main à ce moment  là s’est avéré être une aubaine !

« Le festival Points de Vue est une fête de 5 jours, pendant lesquels des artistes rares travaillent sous nos regards d’enfants. Je vous souhaite à tous de profiter de cette magie de l’instant, et vous donne rendez-vous toute l’année, pour découvrir ce patrimoine artistique en devenir, à Bayonne, au Pays basque… Bon festival ! » Alban Morlot, Directeur de Spacejunk Art Centers

 

Comment avez-vous réussi avec Points de Vue à créer un tel engouement pour du streetart auprès d’un large public ?
On a trouvé une bonne formule conciliant projet événementiel et projet culturel, et dimensionné à taille humaine. Je crois que le public a été surpris par la qualité des œuvres et la convivialité du festival. C’est d’ailleurs un point essentiel que j’ai à cœur de préserver le plus longtemps possible. Les artistes l’ont ressenti et c’est la plus grande satisfaction que je retire de l’an passé. C’est aussi gratifiant de voir tous les jours des personnes s’arrêter devant les œuvres, prendre des photos, partager un moment en famille et faire des détours dans des quartiers périphériques pour chasser une œuvre de tel ou tel artiste. On sent qu’il y a un engouement spontané pour ce type de pratique artistique, car elle est accessible au plus grand nombre et s’impose dans le paysage publique avec bienveillance. Contrairement à un festival classique, un festival street art tel que Points de Vue casse les codes du genre, au sens où il ne s’agit pas de produire un événement qui va rassembler 10.000 personnes en un même lieu et une même unité de temps. Ici, on infuse la ville avec des artistes qui vont à la rencontre du public, souvent au-delà de leurs attentes et laissent des traces derrière eux.

Comment avez-vous choisi les 20 artistes internationaux qui vont participer au festival Points de Vue ?
Je construis le line-up en fonction des murs. C’est un contexte, une forme, une histoire qui va me conduire à sélectionner un artiste que j’ai déjà en mémoire. Il m’arrive de vouloir travailler avec un artiste en particulier, mais tant que je n’ai pas le support qui lui permettra d’exprimer pleinement son talent, je ne le contacte pas. Ça demande de connaître assez bien les artistes, leurs attentes… C’est un métier !
Ensuite viennent d’autres facteurs tels que les échanges artistiques transfrontaliers, la recherche de parité homme femme, la diversité des univers artistiques pour enrichir le panorama du street art actuel… C’est la combinaison d’un ensemble de paramètres, de contraintes aussi, qui participent à l’élaboration du line-up.

Sur quelles surfaces vont-ils pouvoir s’exprimer ? Comment obtenez-vous les autorisations ?
Les artistes vont s’exprimer sur tous types de supports : mobiliers urbain, postes électriques, interstices laissés vides… Mais principalement, ils vont peindre sur des pignons de 150 mètres carrés environ. L’origine des propriétaires est assez variée ! On a des collectivités, un bailleur social et de plus en plus de copropriétés privées, ce qui est un bon signe. Dans tous les cas c’est un travail très long qui nécessite beaucoup de pédagogie et de conviction. Il faut bien savoir de quoi on parle pour répondre à toute les interrogations. Et il y’en a beaucoup !
Ensuite, les murs passent au visa des services urbanistiques, auprès de l’architecte des bâtiments de France, etc. Un mur c’est un dossier à porter pendant un an.

À chaque fois, pour les artistes, peindre un mur est un nouveau challenge. Ils ne savent jamais à l’avance comment cela va se dérouler.

Est-ce qu’il y a un thème imposé pour les artistes cette année ?
Il n’y a aucun thème imposé. J’invite des artistes pour ce qu’ils ont à nous proposer. Nous recevons beaucoup d’étrangers alors je leur parle systématiquement du territoire, son histoire, pour les sensibiliser à la culture locale. Ils sont libres ensuite d’interagir avec les habitants, le quartier, etc. Cette carte blanche n’est d’ailleurs pas toujours facile à faire accepter par les différents acteurs que je réunis autour d’un projet, mais c’est un préalable auquel je ne saurais déroger. Je développe un projet culturel et non une commande artistique.

Les artistes disposent de 5 jours seulement pour réaliser leur fresque ? Ce n’est pas un peu juste pour certains ?
Parfois c’est vrai que c’est limite, surtout quand la météo est capricieuse… Mais généralement c’est le temps qu’il faut pour des murs d’une quinzaine de mètre de haut. C’est sûr que c’est assez bluffant ! Il y a comme de la magie dans l’air… À chaque fois, pour les artistes, peindre un mur c’est un nouveau challenge. Ils ne savent jamais à l’avance comment cela va se dérouler. Il y a beaucoup de choses qui peuvent venir perturber la résidence, alors il faut attaquer le plus vite possible pour déstresser à la fin du festival et être sûr de laisser derrière soi une œuvre réussie. Une vraie perf !

Ensuite les oeuvres restent visibles sans limite de durée ?
Aujourd’hui les peintures appliquées au pinceau ou à la bombe résistent bien dans le temps. Si le mur est sain, les œuvres tiennent facilement plus de 10 ans. Il y a quand même une limite de durée, surtout quand on habite prés de l’océan dans une région bien arrosée !

Oui et on peut d’ailleurs encore voir les oeuvres de l’an passé ? Vous ne prévoyez pas de les supprimer ?
Nous sommes dans une logique de multiplier les propositions et non pas de les remplacer. D’autant plus que les résidents s’attachent à leur nouvel environnement. Spacejunk a pour but la transmission de savoirs et en ce sens, nous faisons vivre ce patrimoine toute l’année aux gré de nombreuses visites guidées tous publics et scolaires. Nous ne sommes pas non plus dans une logique muséale qui viserait à conserver les œuvres. Les œuvres se patinent, disparaissent parfois… street life !

Autour des artistes en live vous prévoyez d’autres animations et expositions ?
Si les artistes sont les stars du festival, il y a un programme autour de leur venue pour enrichir la proposition. Il y a plusieurs expositions, notamment celle de Martha Cooper avec le crew 1UP qui retrace d’une certaine manière l’histoire de cette célèbre photographe américaine. J’en profite pour annoncer qu’elle nous fait l’amitié de revenir à Bayonne pendant le festival ! Par ailleurs, il y aura la projection d’un film, une conférence, des soirées, des ateliers d’art plastiques, une installation interactive sur une rampe de skate, du graff virtuel au village, etc.

Il y aura aussi un concours photos, comment participer ?
Le concours photo est ouvert aux pros comme aux amateurs, aux clubs photos… Il y a un nouveau thème cette année : la « street photography”, un genre bien connu maintenant mais qui rend hommage à Martha Cooper et le street art. Pour participer, il faut télécharger le bordereau d’inscription sur le site du festival pointsdevuefest.org.

Un dernier mot ?
Oui, le festival Points de Vue est une fête de 5 jours, pendant lesquels des artistes rares travaillent sous nos regards d’enfants. Je vous souhaite à tous de profiter de cette magie de l’instant, et vous donne rendez-vous toute l’année, pour découvrir ce patrimoine artistique en devenir, à Bayonne, au Pays basque… Bon festival !

Merci Alban, on se dit à bientôt pour le festival Points de Vue.

©Alain Bats et David Duchon Doris

Kindabreak

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