Randonnées - 17 avril 2023

Cauterets : une nuit au refuge du Wallon-Marcadau

Dormir en refuge c’est l’opportunité de prolonger l’immersion en montagne. Direction le refuge du Wallon-Marcadau à Cauterets, entièrement refait à neuf, pour 24 heures de randonnée dans une des plus belles vallées des Pyrénées.

Reportage

Avez-vous déjà dormi une nuit en refuge ?

Et tout d’abord qu’est-ce qu’un refuge en montagne ? Le refuge est un abri de montagne. Il se situe en altitude dans un site isolé. Son isolement est caractérisé par « l’absence d’accès par l’inaccessibilité pendant au moins une partie de l’année aux véhicules et engins de secours ». C’est un bâtiment destiné à héberger les alpinistes et randonneurs et toute personne de passage amoureuse de la nature. Les refuges peuvent être gardés ou non gardés. Non gardés, vous êtes libres d’y rentrer et d’investir les lieux en les partageant avec d’éventuelles personnes déjà présentes. Gardés, c’est le gardien qui vous accueille et organise la vie du refuge avec ses règles et notamment un service de restauration.

Un refuge est un véritable lieu de vie en pleine montagne. Au delà d’offrir les besoins de premières nécessités : chaleur, eau, nourriture et de quoi y passer une nuit, vous y trouverez une expérience de vie conviviale et communautaire, souvent déconnectée et rustique. Ici on vient chercher chaleur humaine et sens du partage autour de valeurs communes : simplicité, humilité, passion pour la montagne et la nature.

Vous l’avez compris, un refuge n’est pas un hôtel. Il permet avant tout de faire une escale lors de votre randonnée en montagne, de pouvoir rester en altitude plus longtemps, plusieurs jours, sans avoir à redescendre au village pour manger ou dormir. Il permet ainsi une immersion plus profonde et de vous déplacer en montagne sans avoir à tout transporter (matériel de bivouac, nourriture…), facilitant ainsi votre déplacement.

Le refuge du Wallon-Marcadau à Cauterets

Les Pyrénées comptent de nombreux refuges. Celui du Wallon-Marcadau est le plus grand des Pyrénées (et le second plus grand de France). Chaque année, environ 8000 randonneurs y passent la nuit. Il se trouve dans une des plus belles vallées des Pyrénées, la Vallée du Marcadau à Cauterets, non loin de la frontière avec l’Espagne et dans l’ensemble paysager des Hautes Vallées des Gaves et du Lavedan. Nous sommes à 1865 m d’altitude et au coeur du Parc National des Pyrénées. On y accède à pied depuis le Pont d’Espagne à Cauterets (parking des Pountas payant pour la voiture), il faut compter 2h30 de marche pour un dénivelé positif D+ 400m. Le chemin est bien indiqué, vous passez par le plateau du Clot, du Marcadau en longeant le gave. Puis par le Pont de Cayan et le Pont d’Estalounqué. Avec de belles cascades et de nombreux ruisseaux, le paysage est magnifique !

Après trois années de travaux colossaux, le refuge du Wallon-Marcadau a réouvert l’été dernier et permet une capacité d’accueil maintenue de 113 randonneurs par nuit. Si le refuge, déjà très grand, n’a pas ou peu été agrandi, il s’agissait surtout d’offrir un cadre rénové en harmonie avec la qualité du site environnement, des conditions de sécurité et une élévation raisonnable du niveau de confort pour les usagers et les gardiens. C’est l’architecte Gaudu qui a réhabilité ce lieu unique bien connu des randonneurs depuis de nombreuses années puisqu’il date de 1910.

Son architecture est une vraie réussite, il s’agit d’une demi-voûte en bois venue s’intégrer sur la pierre existante. Au premier étage se trouve le réfectoire et la cuisine, les dortoirs sont répartis au-dessus sur deux étages. Le recours aux énergies renouvelables a été un véritable enjeu : la façade Sud a été recouverte de panneaux photovoltaïques sur toute sa longueur, le réfectoire dispose de deux poêles bouilleurs à granulés, quatre toilettes sèches, un usage raisonné des douches en consommation d’énergie. Yannick, le responsable, nous fait la visite et insiste pour nous montrer la pico-turbine nouvelle génération de 10 KW, alimentée à partir du captage d’une nouvelle source potable située au fond du plateau du Loubosso et qui permet de faire tourner le navire. Le bâtiment tout en longueur, offre une belle allée où sont disposés des bancs en bois. Si il n’y a pas de salle pour « chiller » c’est ici que l’on vient recharger les téléphones, lire, s’étirer ou encore pratiquer le yoga.

« C’est un paquebot ! Un véritable paquebot ! Il faut fournir l’électricité et gérer les stocks pour ravitailler tout le monde ! »

Yannick, responsable du refuge

Notre nuit au refuge du Wallon-Marcadau : retour d’expérience

À la base, nous avions prévu de venir en ski de randonnée et de dormir au refuge une nuit pour s’offrir deux jours de ski de rando. Nous sommes mi-avril, au début du printemps, période charnière où tout est encore possible dans les Pyrénées… La neige est encore présente, pourtant il fait beau et chaud et les jonquilles sont déjà de sortie. La station de ski de Cauterets fermant le 23 avril, le matin nous avons pu skier sur les pistes qui ferment à 14h. Le temps de manger et à 15h nous partions à pied avec notre sac à dos pour rejoindre le refuge. Nous aurions pu porter nos skis sur le dos car il restait de la neige à partir du refuge, mais nous n’avons pas été si courageux. Nous sommes partis juste avec un petit sac à dos : sac de couchage, veste chaude, brosse à dent, un change, pyjama, une gourde, de la crème solaire et le tour était joué !

Après les 2h30 de marche sous un beau soleil d’avril, quel joie de découvrir enfin le refuge ! Il se fond à merveille dans le décor, entre sapins, ruisseaux et montagne encore enneigée par endroits. Il se tient face au Pic du Marcadau. Sa vue est un spectacle vivant sur la nature. Yannick, au bar, nous accueille chaleureusement avec des bières fraiches à déguster face au soleil sur les tables de pique nique en bois dans cet immense terrain de jeu.

« Dortoir D, lits numéros 31 et 32« . On découvre où nous allons passer la nuit. Les dortoirs sont mixtes et se composent de lits superposés, parfois sur trois étages. Sur chaque lit un oreiller et une couette roulée, mais je vois que tout le monde a pris son sac de couchage, pour des raisons d’hygiène et de chaleur je suppose.

Pour ceux qui ont l’habitude des refuges, ça sera du grand luxe ! Pour ceux qui n’ont jamais dormi en refuge, faut qu’il s’attendent à un confort spartiate !

Yannick me donne un jeton pour prendre une douche. C’est 4€ le jeton pour une douche chaude de trois minute. Les sanitaires se composent de trois douches et trois WC et de lavabos. Pour 113 personnes, vous comprendrez de suite qu’on est pas là pour s’attarder. La douche n’est pas un passage obligé quand on dort en refuge. C’est même plutôt un luxe. La cabine de douche est relativement étroite. Beaucoup de monde circulent à l’extérieur. Dilemme : soit je prends ma serviette et mon change avec moi dans la cabine au risque de les mouiller ou bien je laisse tout dehors au sec mais au risque de sortir nue devant tout le monde… La pudeur me fait opter pour le choix 1 et mon manque d’expérience en la matière confirma ce que je redoutais : le pommeau de douche a trempé toutes mes affaires suspendues. Ce n’est pas très grave et je rigole toute seule !

19h. « A taaaaable » hurle Yannick le maitre des lieux. Ici on obéit aux règles de vie en communauté. On se place sur les longues tables en bois où nous attend une bonne soupe chaude. Nos voisins de table ne cessent de nous servir, je n’ai pas l’habitude et c’est plutôt agréable. J’apprends par la suite que c’est une tradition en refuge de servir ses voisins de table. On fait connaissance. À ma gauche une maman de trois jeunes enfants qui vient toute seule s’offrir 48h de liberté en montagne. À ma droite un bordelais passionné de montagne qui semble connaitre mieux les Pyrénées que tous les pyrénéens de la table réunis. Ça sera chili et gâteau au chocolat pour la suite du repas. Je tiens à dire que nous avons très bien mangé. Après le dessert, alors que je m’attendais à voir tout le monde quitter la table, je comprends d’un seul coup le sens du mot « refuge ». Les assiettes débarrassées des tables, les gens se resserrent entre eux et j’assiste à un joli balai : les fioles d’alcool sortent des poches de pantalon, des cartes et plans XXL de la Vallée se déballent sur les tables, enthousiasmes et joyeux les gens se mettent à parler fort et de manière enjoué. Tout le monde montre des points sur les cartes et partagent leurs connaissances, des tisanes fument sur les tables, des jetons et cartes de jeux volent par-dessus tout ça. Un joyeux bazar qui me donne de nouveau le sourire.

Presque 22 heures. Il est l’heure de rejoindre le dortoir. Mon voisin me demande à quelle heure on se lève demain ? Bonne question ! Aucune idée… « Nous on se lève à 5h30, 5h45 je pense » me répond-il. Voyant mon air dubitative et aussi surement novice il se justifie : « En refuge tout le monde part avant 7h, de toute façon si tu n’atteins pas ton objectif avant midi, t’es pas un randonneur ! » Ok, je n’étais pas venue ici pour faire une grasse mat mais au moins la messe est dite. Effectivement, en rentrant dans le dortoir, ça ronflait déjà sec… je comprends le léger décalage horaire…

7h30, je suis réveillée car on vient d’allumer la lumière du dortoir. « Ah pardon, je ne vous avais pas vu ». Effectivement, il ne reste plus que moi au lit… à vrai dire, j’ai particulièrement bien dormi !

Le petit-déjeuner est servi de 6h à 8h. Ici vous aurez à disposition : thé, café, pain d’épices, biscottes, beurre, confiture, jus d’orange, granola au chocolat, granola aux fruits et c’est tout ! Et c’est largement suffisant.

Petit passage express aux sanitaires pour me laver les dents. Je redécouvre avec stupeur la douleur dentaire d’une eau glacé sur les dents ! J’admire le paysage, je vois déjà des randonneurs traverser des ruisseaux et d’autres bien plus haut grimper en ski de rando des parois enneigées… Je remplis ma gourde d’eau gelée, j’imite mon voisin qui s’asperge le visage de cette même eau gelée avec ses mains, et c’est parti !

Petits points techniques : Si j’ai réussi jusqu’ici à vous donner l’envie de tester une nuit en refuge, je vais maintenant répondre aux questions logistiques que vous vous posez : non ne prenez pas de chaussons ni sandales, à votre arrivée on vous donne une paire de crocs pour circuler dans le refuge. Non n’y pensez pas on ne vous fournira pas dentifrice ni gel douche ni serviettes de toilettes. Prenez une petite serviette en microfibre, j’ai vu ils avaient tous ça. Oubliez tout le nécessaire de toilette, je vous promets ça sera le dernier de vos soucis (brosse à dents, dentifrice et crème solaire feront large le job’!). Amenez une flasque ou mignonnette d’alcool, quelques carrés de chocolat, noix ou autres friandises à partager et vous vous ferez plein d’amis. Il y a des chargeurs pour vos téléphones mais non n’y pensez pas non plus, pas de WIFI ni 3 ou 4 G à bord. Glissez une paire de boules quies dans le sac car randonneurs rime avec ronfleurs. Plutôt que de faire la queue aux toilettes le matin, allez dans les toilettes sèches à l’autre bout du refuge (ça c’est clairement mon meilleur bon plan). Pensez à prendre de l’espèce pour régler vos consommations car ils ne prennent pas la carte. Les réservations sur le site Internet sont vivement recommandées. Couvrez-vous, il fait froid en montagne et seul le réfectoire est chauffé. L’hiver il parait que les dortoirs du bas sont plus chauds. Soyez bienveillants, humbles et courtois et tout se passera bien. Enfin, il y a une petite bibliothèque à l’entrée avec des livres à votre disposition.

Refuge du Wallon-Marcadau : point de départ de nombreuses randonnées

Qu’on se le dise, le refuge du Wallon-Marcadau à Cauterets est le point de départ de nombreuses randonnées : Lac d’Arratille, Circuit des lacs, Grande Fache, Port du Marcadau, Lacs de Cambalès…

La veille, lors du repas, tout nos voisins de table se sont accordés pour nous conseiller de faire la randonnée du Lac de Cambalès : « facile, incontournable et paysages magnifiques » étaient les arguments mis en avant. Conseil que nous avons suivi sans trop nous poser de questions.

9h. Nous voilà partis pour 2h de marche au départ du refuge du Wallon (1866m) vers les lacs de Cambalès (2352m). Le départ se fait par les bois juste après la chapelle. Au bout d’une heure de marche on retrouve la neige qui, sans crampons, corse un peu la difficulté à la montée (et descente !). Le premier lac est atteint après 1h15 de marche. Il faut ensuite prendre direction Ouest à travers le cirque pour découvrir les autres lacs. Au fond du cirque, le lac de Cambalès est immense mais recouvert de neige, nous ne verrons pas sa fameuse couleur turquoise ce jour-là. Nous irons jusqu’au lac d’Opale avant de faire demi-tour. La randonnée est atteinte à 11 heures et je me sens alors l’âme d’une vraie randonneuse. Nous prenons le temps d’observer le paysage et de vivre l’immersion dans cette nature immaculée. Le silence règne et pour une fois nous n’avons pas les skis pour descendre.

Nous revenons au refuge pour 13 heures pile. Yannick nous fait une crêpe salée jambon fromage pour reprendre des forces. Je m’étais délestée de mon sac à dos pour cette petite ascension matinale. Après l’estomac bien rempli et mon sac de nouveau sur mon dos, il est l’heure de repartir en direction du Pont d’Espagne à Cauterets où se trouve notre voiture. Cette petite escapade en pleine montagne, coupé des réseaux et de toute connexion avec la civilisation nous a fait le plus grand bien. Je suis conquise par l’expérience d’une nuit en refuge. Je prends conscience de l’importance des ces refuges qui sont de véritables repaires et qui permettent de prolonger et intensifier le plaisir de la montagne et de tout randonneur.

Kindabreak

  1. Gerard dit :

    Deux petites remarques pour compléter ce super compte-rendu : ils acceptent la carte bleue, et des tongs pour les personnes chaussant du 35 ou moins (les enfants en particulier) sont recommandées

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