Rando d’hiver en raquette et nuit en refuge aux lacs d’Ayous
Randonnées -4 décembre 2025

Rando d’hiver en raquette et nuit en refuge aux lacs d’Ayous

Lucile vous emmène à la découverte des lacs d’Ayous enneigés dans les Pyrénées. Cette fois-ci en randonnée hivernale en raquette depuis Gabas, avec une nuit au refuge d’Ayous et entre forêts enneigées, lacs gelés et vues spectaculaires sur le Pic du Midi d’Ossau.

C’était en janvier 2025. L’hiver venait tout juste de poser son manteau blanc sur la vallée d’Ossau. Les premières neiges, encore fragiles mais déjà étincelantes, avaient transformé les sommets des Pyrénées béarnaises en un décor féerique. Le moment idéal pour chausser les raquettes et partir à l’aventure. Destination : les lacs d’Ayous, un parcours familier en été, mais qui se réinvente complètement sous la neige.

Au programme : deux jours d’aventure, 6h de marche dans la neige, une nuit en refuge et des paysages à couper le souffle !

L’itinéraire hivernal, départ depuis Gabas

En cette saison, l’accès habituel par la route du lac de Bious-Artigues est fermé à cause du risque d’avalanches. Nous démarrons donc depuis le petit parking de Gabas, après avoir pris soin de caler la voiture sur le sol gelé. Sait-on jamais. À peine arrivés, le calme, et le froid, saisissant de la montagne nous enveloppe : quelques voitures, un air vif et ce silence qui résonne entre les pentes déjà blanches.

Raquettes fixées sur le sac, nous empruntons la route D231 à pied, celle que l’on monte en voiture l’été. Sous la lumière douce du milieu de journée, la chaussée se transforme en long ruban givré qui serpente dans la forêt. Les premiers pas sont tranquilles, le temps de chauffer les jambes et de s’habituer au poids des sacs pour ces deux jours en autonomie. Après une bonne demi-heure de marche régulière, nous atteignons le parking de Bious-Oumette. Le décor change déjà : la neige recouvre les bas-côtés, les sapins se poudrent de blanc, et l’air est plus sec.

C’est ici que nous quittons la route pour rejoindre le GR10, dont les balises rouges et blanches contrastent sur la neige fraîche. Pas besoin de réfléchir : le tracé est évident, nous sommes officiellement dans le parc national des Pyrénées.

Jean-Pierre en ligne de mire

Quelques minutes plus tard, le lac de Bious-Artigues apparaît, figé sous une pellicule glacée. Dès cet instant, l’incontournable silhouette du Pic du Midi d’Ossau — “Jean-Pierre” pour les locaux — se dresse devant nous. Il ne nous quittera plus jusqu’au refuge. Chaque pas, chaque virage dans le sentier, offre une nouvelle perspective sur ce sommet emblématique.

Depuis le pont de Bious, nous prenons à droite le sentier qui s’enfonce dans le bois. L’ambiance devient plus hivernale encore : bruits étouffés, arbres chargés de poudreuse, souffle visible dans l’air froid. La pente se redresse progressivement et, à la sortie de la forêt, une large clairière s’ouvre sous nos pieds. Devant nous, le Pic d’Ayous pointe déjà à 2 288 m, tandis que le lac Roumassot, totalement enseveli sous la neige, ne se devine qu’à peine. C’est ici que nous chaussons les raquettes.

Les premiers pas sont lents et prudents, puis le rythme s’installe.

Non loin, la cabane pastorale du Col Long d’Ayous apparaît isolée, seule dans cette immense étendue blanche.

Le paysage devient spectaculaire : le ciel prend des reflets violets, la neige absorbe tout son, et l’Ossau, massif et imposant, attire irrésistiblement le regard. Plus haut, le lac Gentau, à 1 947 m, apparaît entièrement gelé, et bientôt se dessine le refuge d’Ayous, perché à 1 982 m.

Avez-vous déjà passé une nuit en refuge en plein hiver ?

Arrivée au refuge d’Ayous à la frontale

Après environ 2 h 30 d’effort (hors pauses pour admirer encore et encore les couleurs du soir), le refuge d’Ayous apparaît enfin. Les derniers mètres, éclairés par la lumière de la frontale, donnent l’impression d’avancer dans un monde entièrement blanc. La nuit est déjà tombée lorsque nous franchissons enfin le seuil du refuge.

En hiver, une partie du refuge d’Ayous reste ouverte et accessible, notamment dans sa partie basse. Vous pourrez retrouver des lits superposés ainsi que des couvertures bien épaisses qui peuvent dépanner. Une pièce à l’étage avec une table reste également ouverte. Ce soir-là, nous ne sommes pas seuls : deux autres randonneurs ont eu la même idée d’escapade. C’est tout le charme des nuits en refuge : rencontrer d’autres passionnés de nature et le temps d’une soirée refaire le monde ensemble.

Notre repas au réchaud terminé et après avoir enfilée une tenue sèche, nous nous glissons enfin dans nos duvets, fatigués mais soulagés de quitter le froid de la journée.

Un réveil face au spectacle du Pic d’Ossau

Les matelas et les couvertures du refuge nous ont presque fait oublier que nous étions à près de 2 000 m d’altitude. Contre toute attente, la nuit a été douce et paisible, sans que le froid ne se fasse sentir. Nous nous levons avant les premières lueurs pour ne rien manquer du spectacle !

Nous y sommes : le moment tant attendu du lever de soleil. Lentement le ciel se colore. Violet. Rose. Puis orange. Le Pic du Midi d’Ossau s’embrase dans une lumière irréelle, suivi par les autres sommets de la vallée d’Ossau. Le spectacle est hypnotisant. Le refuge semble minuscule, nous aussi. Un moment précieux qui justifie à lui seul le froid, les cernes et les courbatures.

Le petit-déjeuner terminé et nos appareils quasi saturés d’innombrables photos du paysage, il est déjà temps de rechausser les raquettes et de quitter le refuge pour reprendre la route.

Retour par l’aller… ou la boucle complète

Pour la descente, deux options s’offrent à vous :

  • reprendre l’itinéraire de montée, plus simple et plus sûr !
  • ou s’aventurer sur la boucle complète par le col d’Ayous, si les conditions sont stables et le risque avalancheux faible.

La prudence reste de mise : en hiver, un simple changement de vent ou de température peut transformer le terrain. On ne prend aucun risque inutile si l’on ne s’en sent pas capable ou correctement équipé.

De notre côté, nous sommes chanceux, la météo est au beau fixe, nous en profitons pour atteindre le col d’Ayous et rentrer en réalisant une boucle. Quelques glissades sur les fesses et des souvenirs plein la tête plus tard, nous retrouvons la voiture, heureux et comblés par cette aventure.

Prudence et raison en toute saison

Pour être sûr de profiter de votre aventure hivernale, voici quelques conseils.

Avant de partir

  • Vérifier la météo les jours avant jusqu’au matin même sur des sites comme meteoblue ainsi qu’auprès des Offices de Tourisme. Les conditions peuvent changer rapidement !
  • Consulter le BERA (Bulletin Neige & Avalanche).
  • Éviter les jours de neige fraîche importante ou de vent fort.
  • Prévenir un proche de votre itinéraire.
  • Télécharger la carte IGN sur une application hors ligne + emporter une carte papier.
  • Préparer et vérifier tout votre équipement.

Sur le terrain

  • Partir tôt pour profiter de la journée et ne pas vous laisser surprendre.
  • Adapter la trace selon l’enneigement et votre ressenti sur l’instant.
  • Rester à distance des pentes avalancheuses.
  • Avancer lentement : en hiver, la progression est plus exigeante.
  • Hydrater et manger régulièrement.

En refuge d’hiver

  • Arriver avant la nuit.
  • Garder une tenue sèche dédiée à la nuit, avec des couches à rajouter si besoin.
  • Ne rien laisser sur place : on redescend tous ses déchets !

En terme de matériel pour deux jours en hiver :

  • Raquettes (disponibles à la location dans les villages alentours ou dans les magasins de sport) + bâtons avec rondelles neige.
  • Des guêtres peuvent être pratiques pour protéger votre bas et garder vos chaussettes bien au chaud.
  • Une paire de crampons dans le sac en option selon conditions.
  • Duvet confort 0°C minimum (idéalement -10°C).
  • Drap de soie pour gagner quelques degrés.
  • Réchaud + bouteille de gaz + popote + briquet + couteau suisse + sac poubelle
  • Une gourde filtrante (sachant qu’au niveau du refuge d’Ayous une source d’eau permet de se réapprovisionner sans problème)
  • Lampe frontale + batterie de rechange + batterie externe
  • Matelas gonflable (bien qu’il y ait des lits disponibles sur la partie hiver, selon l’influence il vaut mieux toujours avoir son matériel avec soi).
  • Vêtements chauds pour la journée ainsi que des accessoires à enfiler dès l’arrivée au refuge: doudoune, gants, tour de cou, bonnet, chaussettes sèches.
  • Tenue de nuit sèche, idéalement en laine mérinos qui pourra être utilisée également pour le lendemain.
  • Le strict minimum pour la toilette.
  • Trousse de secours + couverture de survie !
  • De la nourriture (des repas lyophilisés ou ce qui vous fait plaisir pour juste 24h, de préférence rapide à chauffer dans votre popote. De mon côté, je ne pars jamais sans ma tablette de chocolat et ma petite fiole d’huile de truffe, indispensables pour pimper n’importe quel plat et surtout se faire plaisir même en pleine montagne ! ).

Alors, prêts à chausser les raquettes et partir à votre tour ?

Texte et photos : Lucile Arbeille 

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